Mathieu et Sophie autour du monde

Dernière mise à jour : 23/08/2003

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Grenade, le 11 aout 2003,

Pendant que nous pietinons a Meknes, dans l'attente de nos chers amis, la chaleur monte dans cette belle medina. Le 18 au soir, alors que nous avions perdu tout espoir de les voir arriver ce jour, j'ai pense qu'un petit plan de la terrasse de notre chambre et de notre attente serait du plus bel effet pour notre film. J'allume l'engin, le pointe sur Mathieu, affale sur le lit, me tourne vers la fenetre puis, fait un plan sur la rue...et O surprise, pile dans mon angle, envoyee par je ne sais quelle force au coeur du champ de vision : la renault 19 marron, conduite par Anne et Fred.

Quelle belle surprise ! Nous ne nous y attendions pas. Les voila donc nos deux comperes.

Nous constatons avec amusement et tendresse que ma mere etait loin de la verite lorsqu'elle nous racontait les trouvailles de mon pere pour equiper la voiture. Comme dirait Fred, Je t'amene primo, une voiture sur roues, secondo, une voiture en kit. Nous decouvrons des pieces dissimulees un peu partout, dans le coffre, sur le toit (ou mon pere a pose une gallerie et un autre coffre), sous les sieges... Un radiateur, plein de roues, des courroies, des tuyaux, des durites, maintes pieces qui restent pour moi un mystere, des dizaines de metres de cable, des outils en tout genre, des tendeurs, une batterie, une caisse entiere d'ampoules de rechange, de l'huile, de l'essence, des produits bizarres pour reparer les pneus ou mettre dans les reservoirs du moteur... et avec tout ca, une feuille remplie d'explications et autres instructions qu'il a fait plastifier au cas ou on renverserait du cafe dessus !

Fred, qui est alle courageusement chercher la voiture chez mes parents, a evidemment eu droit a toutes les explications auxquelles il s'est fait fort d'aquiescer studieusement. Mon pere pense vraiment a tout, je suis sure qu'en cherchant bien, je trouverais une fusee de detresse dans cette voiture... Il a meme bricole des lampes, ajoute des bombonnes de gaz pour qu'on puisse se faire a manger en cas de coup dur, tentes, tabourets, bidons d'eau, rations de survie, glaciere sophistiquee, casseroles et poeles, etc... tout y etait. Anne et Fred hallucinaient de voir tout ca, Mathieu connaissant mes parents n'etait pas aussi interloque, mais quand meme. Ils ont fait fort et je suis sure que j'en oublie encore.

La soiree fut fort joyeuse et arrosee au Saint Emilion grand cru (merci Fred) et au Champagne de la maison Barcella (merci Dominique et Francine), tout en degustant les innombrables florentins de la tante de Sophie.(choukran Nicole). Quelle joie de retrouver nos amis si loin de la France.

Nous avons fait un tour le lendemain dans la medina afin de ramener quelques souvenirs de la belle cite imperiale. Lampes, plats, sacs, table, miroirs... que de jolis objets a ramener.

Des tapis marocains, nous savons desormais tout. Mais ce sera a Fes que Fred craquera pour un tapis berbere. Malgre le harcellement des faux guides, nous nous sortirons de ce labyrinthe que constitue la medina de Fes. Peu de monuments a visiter toutefois. Les mosques sont fermees aux non musulmans et c'est bien dommage. Mais nous ne resterons pas sur cette fausse note. Grace a notre vendeur de tapis, nous empruntons le dedale qui nous mene jusqu'aux fabuleuses tanneries aussi pittoresques que leur odeur est nauseabonde.

La famille de Hacen, elle, nous ouvrira grandes ses portes. Grace a Anne, nous passerons notre premiere nuit dans la maison d'une famille marocaine. Et quel accueil ! Les voisines du dessus nous preparent alors un repas de fete.

Le lendemain nous decidons de mettre le cap sur le sud, comme prevu. Mais Anne est en petite forme et, quelques kilometres plus loin c'est Fred qui commence a avoir des crampes intestinales.

Aie, aie, aie, la chaleur est accablante et l'ambiance est morbide dans la voiture, Fred est tout blanc. Apres les fantastiques paysages verdoyants du moyen Atlas, nous nous retrouvons dans une plaine aride, au loin : la chaine de l'Atlas barre l'horizon. Bientot nous passerons Er Rachidia.

La nuit tombe sur la vallee et nous sommes impatients de trouver le bel oasis dans les gorges de la Todra. Apres quelques arrets urgentissimes derriere les buissons, nous penetrons enfin au coeur des tenebres dans une nuit sans electricite a la recherche d'un hotel muni de toilettes confortables.

O miracle, au Maroc, c'est possible, surtout quand on est un visiteur qui vient de loin. Nous trouvons un superbe petit hotel avec une grande piscine bien fraiche. Nous pensons serieusement a y noyer Fred qui commence a peter un cable. Depuis 200 kilometres il se verse des bouteilles entieres d'eau sur son visage recouvert de son tee shirt, "ma mere m'avait bien dit de ne pas venir au Maroc".

Moi (Mathieu) je plonge dans l'eau bleue sans plus attendre, pour me debarrasser de la fatigue d'une journee vouee au bitume brulant des routes marocaines. Seule la voiture ne semble pas eprouvee. Pendant ce temps, Anne verifie le bon fonctionnement de la chasse d'eau des toilettes de la chambre et Fred prend ses quartiers dans ceux du camping. Je ne tarderai pas a les y rejoindre...

Ah le Maroc et ses bonnes salades fraiches ! Attention aux intestins fragiles.

Au petit matin, nous n'en pouvons plus. En sueur sur nos lits, nous peinons a eloigner les mouches qui nous agacent. La deuxieme nuit, nous sortirons dormir dehors; il fait bien meilleur sur la terrasse. Nous sommes a Tineghir et nous reposons gentiment en ecoutant les musiques qui nous ont tant manquees durant cette annee. Noir Desir en premier lieu, suivi de pret par Thiersen, les Tetes Raides et autres bons groupes francais, le bonheur quoi.

Nous rencontrerons Ahmed, un berbere de cette jolie vallee qui nous fera visiter le palmeraie et ses nombreuses cultures: menthe, mais, figues, oranges, bananes, pommes, tomates, cereales... Nous sommes ici en effet dans une oasis en plein coeur d'une zone aride, c'est tres impressionnant de voir quelle importance ont ces petites sources qui irriguent la vallee et permettent que la vie s'installe.

Ahmed nous invite alors gentiment a passer la soiree chez sa famille, ses soeurs nous prepareront un couscous nous dit-il. Anne n'est sans doute pas etrangere a cet elan hospitalier, elle est tres courtisee dans ce pays qu'elle connait bien pour y avoir sejourne avec Hacen (son ex) plusieurs fois. Fred aussi est en vue. Pas par Ahmed, non, mais ses trois soeurs sont a marier. Le pauvre, autant Ahmed est un beau berbere avec son chech noir enroule autour de sa tete et ses yeux percants, autant ses soeurs n'ont vraiment pas ete gatees par dame nature. Le physique est accessoire me direz vous, mais impossible de sonder l'ame de ses demoiselles, aucune ne parle francais ou anglais et le berbere de Fred est balbutiant. Cela ne les empechera pas de sruter notre pauvre ami toute la soiree et de ricaner de timidite au moindre regard de celui-ci. Play boy !

Ahmed insiste un peu lourdement. Comme dans d'autres pays que nous avons traverse, nous retrouvons ce meme sentiment. L'amour contrarie et le rapport physique inimaginable en dehors du mariage cree une frustration generalisee. Ahmed n'en demordera pas, il passera toute sa soiree a faire des insinuations, interpelant Fred et Anne sur leur celibat, tout en restant correct.

Fred est pour le moment davantage preoccupe par ses envies de toilettes. Au moment ou arrive le couscous, il n'en peut plus. Peu prevoyant, il n'a pas songe a se munir de papier toilette avant de s'aventurer en dehors des sentiers battus. Pris de panique a l'idee d'avoir a utiliser sa main gauche comme tout bon musulman, il nous interroge du regard. Non Fred, tu ne vois rien dans nos yeux. Sophie lui suggere alors de cueillir quelques feuilles au figuier. La panique se fait desespoir, il choisit la fuite en avant. Bientot notre ami disparait dans le noir profond du jardin sans lumiere du cote des chevres et des dromadaires de la famille berbere.

Quelques minutes plus tard, il fait une apparition dans le faisceau de lumiere pietinant et regardant partout autour de lui, comme s'il preparait un mauvais coup. "ca y est c'est arrache", " ah ! chiotte" En fait il n'avait reussi a arracher que le bout de la feuille, bien insuffisant pour ses ambitions pressantes. Il nous racontera plus tard qu'essayant de tirer comme un pauvre diable sur les feuilles du figuier, il s'etait soudain rendu compte qu'il etait en pleine lumiere, observe par tout le monde comme une bete curieuse, au meme instant, il se retrouvait avec un morceau minuscule de feuille dans les mains. Trop tard, il n'y avait plus une seconde a perdre, tant pis pour les feuilles. Il s'engouffre dans ce qui servait de toilettes, la bas, au fond du jardin et fait hurler les pauvres chevres de l'autre cote du mur. Nous pensions a ce moment que Fred avait ete oblige de monter sur le tas de fumier... J'aurais pu lui revendre cher ce petit morceau de papier que l'on a fini par trouver au fond de notre sac... Tu me sauves la vie ! M'a t'il alors declare.

Le lendemain, nous promettons de nous retrouver avec Ahmed pour visiter la vieille ville de Tineghir. Finalement, un de ses amis, rencontre dans une ecole de tissage traditionnel, nous donnera envie d'aller passer une nuit dans le desert apres nous avoir longuement explique la symbolique des tapis berberes.

Serres comme des sardines, nous rejoignons Merzouga et son cordon de dunes de sable rouge. Apres quelques vaines tentatives pour degoter des chameaux a bon prix, nous nous rendons compte qu'il nous serra impossible de rejoindre l'oasis tant desiree. Nous ne sommes pas tres contents, nous soupconnons Ahmed et son ami de Tineghir de nous avoir induit en erreur pour se faire une commission.

Nous irons quand meme dormir dans les dunes. Ahmed est deja parti en avant lorsque nous ne sommes encore qu'a confectionner nos paquetages.

Quelques minutes plus tard, nous sommes epuises et en nage. Nous choisissons un endroit ideal pour se sentir completement immerges dans le desert. Et c'est peu dire.

Apres quelques chansons entonnees a tue tete (raides:), les elements commencent a se dechainer. D'abord la pluie, faible certe mais peu rassurante, puis le vent terrible et incessant. Nous avons bien cru y rester, ensevelis sous le beau sable rouge des dunes de Merzouga, tout pres de la frontiere algerienne. D'autres y sont restes.

Toute la nuit durant, le vent continuera a nous malmener. Nous nous protegeons comme nous pouvons enturbannes, mais rien n'y fait, le sable rentre partout. Impossible de rentrer a la voiture, nous ne voyons absolumment rien. "Je devrais toujours ecouter ma mere" Au petit matin, nous trouvons a nous assoupir, mais deja la chaleur devient insupportable. Nous regagnons alors notre voiture et levons le camp sans plus attendre, heureux, malgre tout de cette experience infernale.

Apres avoir quitte notre ami, nous reprenons la route de Ouarzazate pour nous arreter a Ait Benhadou. Ce superbe site est repute pour sa casbah en pize et pour les nombreux tournages de super productions qui y ont lieu (comme Gladiateur de Ridley Scott, par exemple). L'oued s'est reveille cette nuit la et il a emporte le pont et la route qu'il supportait. Il ne reste plus rien.

Nous trouvons a nous loger dans un petit hotel confortable, ou, la encore, nous beneficierons d'un accueil exemplaire. De meme, nous degusterons un excellent couscous chez Oussine. Le lendemain matin, le directeur de l'hotel nous fera une visite guidee de la casbah comme si nous faisions partie de la famille. Nous trouverons la l'un des plus beaux paysages du Maroc, enserre dans sa vallee rouge et verte.

Notre prochaine destination sera Taroudant, une ville peu chaleureuse, malgre ses jolis remparts. Nous ferons une petite halte dans un havre de paix au Salam palace afin de nous rafraichir au bord de la piscine. Apres la chaleur ecrasante des derniers jours (frolant les 50 degres), nous n'avons pu resister.

Essaouira se decouvre sous un aspect des plus appreciables, il y fait presque froid la nuit ! Le vent souffle a tout rompre ici et nous qui nous rejouissions deja d'un petit camping sauvage sur les plages desertes de l'Atlantique... Impossible, meme en accrochant le tente aux arbres. Nous ferons dans cette station balneaire, un peu trop vouee aux plaisirs touristiques, notre meilleur festin, dans un petit resto fort chaleureux, le Beldy. Au programme couscous et tagines avec des oignons caramelises, des pruneaux rotis et des olives, huuuummm. Le port est reste, quant a lui, tres authentique, avec ses pecheurs et ses chalutiers de bois.

Notre refuge sera un petit chalet suisse dans un camping minable ou les soirees furent animees et creatives. Que de bons moments avec nos deux comperes.

Deja nous comptons a rebours les jours ou Anne nous quittera. Elle ira jusqu'a Fes pour passer un peu de temps avec la famille de Hacen qu'elle n'a pas revue depuis 4 ans.

Marrakech sera notre derniere halte tous les quatres reunis. La chaleur est ettouffante ici, nous prenons vite l'habitude de boire de nombreux jus d'orange sur la place Jeema El Fna, au stand numero 25 (il nous en ressert toujours un peu plus...). Marrakech, dont nous craignions l'affluence touristique s'est effectivement montree bien moins accueillante que la plupart des autres endroits que nous avons foules.

Anne repart le lendemain, nous sommes bien tristes. Elle nous dira plus tard que son voyage en train jusqu'a Fes a dure 8 heures au lieu des 5 prevues et qu'elle n'a pas arrete de discuter avec des marocains. Elle a du succes, pour sur.

Quant a nous trois, nous lisons un peu la presse pour se remettre au gout du jour et apprenons avec un grand desarrois le drame Trintignant Cantat. Anne nous a laisse son poste et ses disques, nous ecoutons Noir Desir en boucle. Quel gachi.

Nous passerons une demie journee a faire les formalites pour que Fred puisse quitter le territoire marocain sans soucis. S'etant fait enregistrer comme proprietaire de la voiture, Sophie doit la reprendre a son compte car toute voiture entree au Maroc doit imperativement ressortir du Royaume, sous peine pour le responsable de finir ses jours dans les prisons locales a ramasser les savonettes. La procuration ainsi faite, nous la ferons legaliser.

Marrakech et sa chaleur sont insupportables, apres un petit tour au hammam et la visite du palais Bahia, nous fuirons dans la vallee de l'Ourika prendre l'air frais des gorges et des cascades. Cascades que nous ne serons meme pas parvenus a trouver, ah ! les randonnees et les pieds de Sophie...

Ceux de Fred n'etaient pas mal non plus, elegamment decores de petits pois roses. Il n'en pouvait plus de se gratter. 24 piqures apres comptage. De toutes petites mouches s'etaient vengees sur lui d'une attaque inique au vapo anti insectes. Je l'avais pourtant prevenu de ne pas tuer les betes. Le deuxieme soir, Mathieu et Fred se sont livres a un massacre organise alors que j'etais partie prendre ma douche. Resultats : 57 piqures apres comptage, exclusiment sur les petons de Fred.

Il nous faudra revenir a Marrakech pour deposer Fred a l'aeroport. Voila, nous nous separons de notre ami a regret, lui qui nous a bien fait rire, les larmes aux yeux et promettons de nous revoir tres prochainement. Il a tout, ses plats, ses petits bols marocains, son piquet de tente berbere a l'epaule, c'est parfait, salut mon Freddo.

Nous decidons de rejoindre la cote ou l'air y est plus respirable. Safi sera notre destination. Ville peu agreable de prime abord, nous voulions neanmoins visiter ses ateliers de pottiers reputes dans tout le pays. Apres quelques negociations d'hotel et la fureur d'un vieil hotelier ne supportant pas que l'on verifie si les draps (sales) etaient propres, nous nous installons enfin.

Je suggere alors a Mathieu de trouver internet, un pressentiment peut etre. Que n'y trouvons nous pas ? Un message desepere de fred qui nous exhorte de nous empresser a son chevet d'agonisant. Il n'en peut plus nous dit il, ces salauds de douaniers l'ont empeche de prendre l'avion, il est tout seul a Marrakech et pete les plombs.

Nous referons le trajet des le lendmain matin pour secourir notre ami. Toutes formalites enfin accomplies et quelques esclandres apres (personne ne nous avait informe correctement des procedures exactes), nous negocions un nouvaeu billet d'avion, gratuit. Extraordinaire, Royal Air Maroc accepte. L'agent pensait me faire une faveur, moralite, Fred etait devenu Mademoiselle Frederique !

Deuxiemes adieux, il partira le jour meme apres quelques dernieres frayeurs.

Le soir, nous verrons Hacen, arrive au maroc depuis quelques jours et en visite a Marrakech. Rendez vous est pris pour le lendemain midi, nous irons dejeuner ensemble et lui conterons nos aventures. Hacen est adorable, il nous invite a le rejoindre dans une maison qu'il louera a cote de Rabat avec ses freres et cousins.

Nous finirons notre periple marocain en passant par la cote, El Jadida, et sa superbe Medina d'heritage portuguais puis par Rabat. Nous sommes seduits par cette ancienne cite de corsaires, les gens y sont tres sympathiques, la ville et sa casbah jolies et les emplettes fructueuses.

Derniere etape Chefchaouen, apres une escale a Meknes, l'empire du kif. Ici, des champs entirers de Marijuana sont cultives en toute legalite et les fumeurs de toute l'Europe y ont leur quartiers d'ete. Nous trouverons refuge dans un camping, sur les hauteurs de cette ville chaleureuse, toute de blanche et de bleue.

Le coeur serre, nous filons des le lendemain vers le detroit de Gilbraltar, pour regagner notre chere vieille Europe.